Connectez-vous S'inscrire
Equitv, la webTv du cheval et de l'équitation
Facebook
Twitter
Rss
Google+
Mobile

Les centaures de la steppe : l'artisan des grandes invasions

Notez


Les Scythes

Apparus au VIIe siècle, les Scythes sont mieux connus. Grecs et Perses nomment ainsi une nébuleuse de populations installées du Danube jusqu’en Chine, de culture et de langue communes. Ceux d’Europe ont été définis par l’historien grec Hérodote comme des « porte-maison et archers à cheval ». « Ce sont des cavaliers hors pair, bien qu’ils n’emploient ni étriers ni selle dure, mais seulement des sortes de tapis, éventuellement renforcés à l’avant et à l’arrière », note Iaroslav Lebedynsky. D’une incroyable aisance sur leur monture, due sans doute à une pratique intensive, ils disposent aussi d’un équipement adapté (tenue légère comprenant pantalons et bottes serrées, armement). Guerriers redoutables, ils assoient leur domination militaire sur les populations sédentaires. Des vestiges témoignent de la puissance de leur civilisation, notamment les fameuses tombes gelées de l’Altaï, dont les plus riches (Ve-IIe siècle avant J.-C.) recèlent de vrais trésors. « On y retrouve aussi énormément d’objets destinés au cheval, en particulier l’ornement du harnais », souligne l’historien. Après leur défaite face aux Macédoniens au IVe siècle, leur territoire se réduira peu à peu. 

 

Au XIIIe siècle, les hordes mongoles déferlent sur l’Asie et l’Europe. (Gengis Khan à la conquête du monde, 2007.)
Au XIIIe siècle, les hordes mongoles déferlent sur l’Asie et l’Europe. (Gengis Khan à la conquête du monde, 2007.)

Montée en puissance d'autres nomades

Le déclin des Scythes coïncide avec la montée en puissance d’autres nomades. Au gré de migrations sur plusieurs siècles, différents peuples apparentés au Scythes, puis turcmongols, vont conforter la légende des cavaliers des steppes aux attaques foudroyantes. « Les sources antiques développent une même vision du nomade, assimilé à un prédateur qui rôde à la lisière des civilisations », explique Iaroslav Lebedynsky. L’exemple le plus frappant est sans doute celui des Huns, coalition de peuples réunis sous la bannière d’Attila, dont l’image reste celle de barbares assoiffés de sang. Leur monture a été l’instrument majeur de leur expansion. Ces pasteurs-guerriers ont porté la maîtrise du combat à des sommets grâce à leur adresse à cheval, due à l’usage combiné d’étriers et de selles dures à hauts arçons, et à leur habileté à l’arc. Ils occupent d’abord l’Asie centrale, leur progression en Europe étant attestée au IVe siècle. La pression qu’ils exercent alors sur les peuples « barbares » est à l’origine des grandes invasions. Leur tactique? Fondre sur l’ennemi de toutes parts, par groupes de 500 à 1000 cavaliers. Sous le règne d’Attila, leur puissance est à son apogée. Après l’invasion de l’empire romain d’Orient, celui-ci s’attaque à l’empire d’Occident et envahit la Gaule en 451 avec quelques dizaines de milliers de cavaliers. Battues aux champs Catalauniques (près de Troyes), ses troupes causeront encore des ravages en Italie avant sa mort en 453 et la dislocation de son empire. 

« Par la suite, différents peuples nomades turcophones continuent d’exercer leur hégémonie sur les steppes », rapporte Iaroslav Lebedynsky. Leur puissance ne sera éclipsée que par celle des Mongols, créateurs au XIIIe siècle du plus grand empire de l’histoire. Unifiés par Gengis Khan, les clans mongols et les peuples nomades alliés déferlent sur la Sibérie, la Mandchourie, le Turkestan oriental, la Russie... jusqu’à Zagreb. Leur secret ? Des montures rustiques, assez nombreuses pour être changées fréquemment. Et une cavalerie légère capable d’attaques éclair, organisée selon un système décimal (divisions de 10 000 chevaux, régiments de 1 000, escadrons de 100, groupes de 10).

 

Le pastoralisme nomade implique la recherche de pâturages pour les troupeaux. Aujourd’hui encore, ceux-ci sont laissés en semi-liberté.
Le pastoralisme nomade implique la recherche de pâturages pour les troupeaux. Aujourd’hui encore, ceux-ci sont laissés en semi-liberté.

Un quotidien déterminé par leur condition d'éleveurs nomades

Après la mort de Gengis Khan en 1227, ses successeurs conquerront encore de vastes territoires jusqu’au début du XVe siècle. 

Si tous ces peuples cavaliers ont beaucoup en commun, c’est que leur quotidien est déterminé par leur condition d’éleveurs nomades, dont les troupeaux paissent en semi-liberté, et que leurs migrations favorisent la diffusion de leur culture. « Leur mode de vie ne permet pas de fortes concentrations et fonctionne avec de petites unités de population dispersées, capables de s’unir de façon efficace pour faire la guerre », précise Iaroslav Lebedynsky. Un modèle d’organisation clanique assez similaire se retrouve depuis les Scythes jusqu’aux peuples turcs: un roi entouré d’un clan plus ou moins sacré, une noblesse guerrière qui détient les troupeaux les plus nombreux, et une population de guerriers éleveurs. 


Aujourd’hui encore, le cheval kirghiz conserve une haute valeur économique, sociale et culturelle.
Aujourd’hui encore, le cheval kirghiz conserve une haute valeur économique, sociale et culturelle.

La mobilité du nomade et l'utilisation du cheval

La mobilité des nomades permet des raids foudroyants, souvent suivis d’une fuite simulée pour attirer l’ennemi en embuscade. Toutefois, on aurait tort de les réduire à des barbares sanguinaires. Ils disposent d’un armement performant, développent le commerce et l’artisanat, et empruntent dans divers domaines (écriture, agriculture, religion...) aux populations sédentaires qu’ils côtoient. En retour, celles-ci copient leur armement, leurs équipements et leurs techniques de cavalerie, dont s’inspirent dès l’Antiquité les Chinois et les Romains, et qui seront à l’origine du développement de la cavalerie légère.

Surtout, le cheval constitue un fait social total, sur lequel les mœurs des peuples cavaliers actuels de Sibérie, d’Asie centrale ou de Mongolie, héritiers du passé, apportent un éclairage. « L’utilisation du cheval est la plus large possible, pour l’équitation, l’attelage et le bât, mais aussi sous forme de produits animaux: viande, lait de jument fermenté, crin, peau, fumier... », indique l’ethnologue Carole Ferret. Voilà qui corrobore les témoignages antiques, la consommation de lait de jument étant par exemple connue chez les Scythes et à l’époque de Gengis Khan. 

 
Article extrait des cahiers Science & vie "Le cheval, l'atout maître de l'homme"




Nouveau commentaire :
Facebook





Partager ce site



Derniers connectés
Isabelle FAUGERAS
Verywelsh ELEVAGE
Sandra MARGUIER
Asso. CHEVAL.LOISIRS
Christine NAVARRO
Lucie CHOQUEUX
Syndie HUOT
Florence DA SILVA
Zorro DE LA VEGA
CRI CRI
Marie ALOS
Manon DEBREUIL